Entre survie et renaissance, quel est l’état des RH ?
Les crises sont des accélérateurs de mutations déjà engagées. Donc, je pense que nous allons être dans la survie ET la renaissance. Au tout début de l’épidémie, nous avons eu peur pour nous-mêmes, pour nos proches, pour notre entreprise… C’était la phase d’alarme. Depuis deux mois, nous sommes dans une phase de résistance.
 
« Il faut être lucide : la troisième phase sera soit une phase d’épuisement, soit une phase de résilience. C’est pour cela que j’encourage une résilience organisationnelle dans l’entreprise. »
 
La résilience n’est plus un luxe. Après ce traumatisme, que chacun a vécu différemment, s’il y a uniquement la résilience individuelle, on s’achemine vers une multiplication des burnouts dans trois mois. En revanche, si les entreprises organisent la résilience, elles seront à même de régénérer leur capacité à encaisser le choc et celle de leurs salariés à rebondir.
 
Avant, dans l’entreprise, on parlait peu des problèmes personnels, encore moins des émotions. Depuis le confinement, il est indispensable de réfléchir collectivement sur les difficultés rencontrées plutôt que d’essayer de rattraper le temps perdu. Je conseille aux entreprises d’oser un jeûne d’action, c’est-à-dire un temps d’adaptation et d’écoute afin que les managers et les RH soutiennent les salariés, et que ces derniers se sentent appuyés par la direction.
 
« Le bien-être est la condition sine qua non d’une renaissance dans l’entreprise. La qualité de vie au travail et ce que j’appelle la QVTT, la qualité de vie dans le télétravail, vont être prioritaires. »
 
Quelle approche conseillez-vous aux entreprises d’adopter ces prochains mois ?
J’aime la théorie des petits pas. La priorité est de mettre l’humain au centre, avec un pacte clair autour de « l’écoute ». Les gens sortent du confinement dans un épuisement physique et psychique. Personne ne sait dans quel état d’esprit reviennent les collaborateurs. Face à l’incertitude, nous devons apprendre à écouter plutôt qu’à prévoir, c’est-à-dire écouter la fragilité de l’autre, ce qu’il a vécu, sa peur, mais aussi se relier et faciliter.
 
Cela demande de la disponibilité et du lâcher prise sur les projets et les objectifs de l’entreprise. Et lâcher prise ne veut pas dire laisser tomber. En effet, cette éthique de l’écoute, empathique et bienveillante, porte sur la valorisation des expériences positives et des initiatives, sur les fonctionnements mis en place pendant le confinement et sur la disposition de chacun pour construire demain. In fine, cette pause d’action sera féconde pour l’entreprise.
 
« Le temps s’est arrêté pendant le confinement, ne ré-accélérons pas pour le rattraper, mais continuons à l’apprécier pour qu’il soit réellement transformateur et initiateur d’une renaissance. »
 
Comment peut-on accompagner ce changement de culture dans l’entreprise ?
Cela demande de cultiver une autre disposition : l’écologie intérieure. Depuis le mois de mars, notre cerveau est soumis à un stress continu. De sorte que les fonctions d’exécution et d’apprentissage sont moins accessibles pour le moment. De plus, les règles de sécurité et de distanciation laissent peu de place à la créativité et à l’intuition.
 
« C’est là que la pleine conscience permet de réduire le stress, de gérer nos émotions et d’augmenter notre capacité d’attention et de prise de décisions éclairées. Cette pratique favorise l’innovation, la confiance et l’écoute. En bref, elle est le couteau suisse des softs skills. »
 
La pleine conscience est une stratégie très rentable face au stress et au verrou mental dans lequel le confinement nous a enfermés. Depuis deux mois, je propose le programme MBSR – Mindfulness based on stress reduction – sur Zoom et en immersion. Les témoignages montrent que le stress diminue et la confiance remonte.
 
En quoi consiste votre intervention au sein des entreprises ?
Les entreprises sont un moteur clef de ce renouveau qui appelle à la fois des transformations collectives et individuelles. Leur mission doit évoluer pour dépasser le seul cadre économique. Des équipes et des managers fragiles et inquiets, la frontière entre pro et perso chahutée, des attentes sur de nouvelles façons de travailler, et un grand besoin d’écoute et de reconnexion à l’autre… Tout cela m’a donné envie de proposer aux entreprises un espace fédérateur et reconstructeur, dans lequel je suis l’élément extérieur qui vient une ou deux journées par semaine « faire travailler l’intérieur », avec un temps d’écoute individuel le matin et des ateliers de reconnexion en groupe l’après-midi. Cette approche ouvre une porte vers une promesse de transformation durable et vertueuse à même de réduire ce verrouillage mental.
 
« Malgré les coupes budgétaires, les entreprises ne doivent pas faire l’économie d’une écoute extérieure, d’un accompagnement à la pleine conscience et de formations aux soft skills. »
 
En effet, tout ce que l’on a expérimenté pendant la crise va générer plus d’agilité et de liberté. C’est la fin du « command and control ». Le dirigeant doit changer de posture, aller vers un management beaucoup plus bienveillant et devenir un facilitateur pour ses équipes. Cela demande d’être formé aux soft skills pour développer l’empathie, la coopération et l’écoute. Le mindful coaching  que je propose est un moyen de créer des ponts entre sagesse et business. C’est l’arme absolue pour atteindre la résilience et se donner toutes les chances d’une renaissance.
 
 
 
Pour aller plus loin :
Coco Brac de la Perrière est , auteure, conférencière, instructeur MBSR (Mindfulness On Stress Réduction) et coach en entreprise.
Elle est également fondatrice du Digital Detox Institute.
 
http://cocobracdelaperriere.com
www.digitaldetoxinstitute.com
Déconnecte, si tu oses, Coco Brac de la Perrière (Éditions Dunod)
Lâcher prise sans laisser tomber, Coco Brac de la Perrière (Éditions Fayard)